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Nom du blog :
coquelicot2007
Description du blog :
Invitation au voyage dans l'univers magique et secret de Marcel Proust.
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
12.12.2007
Dernière mise à jour :
08.05.2008
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Swann et la création impossible

Posté le 17.04.2008 par coquelicot2007
Charles Swann est l’exemple type du dandy de la belle époque. Parce qu’il est élégant et spirituel, les portes des salons les plus prestigieux de Paris lui sont ouvertes. Convié à toutes les réunions mondaines qu’il anime avec brio ou qu’il boude avec une insolence exaspérante, ce mondain recherché est doué de qualités intellectuelles et artistiques qui font de sa compagnie un moment privilégié. Cette mondanité imposée par le besoin de cultiver les amitiés, de nouer des relations importantes et de ne pas offusquer les sensibilités, fait de Swann un homme incapable d’exploiter les multiples facettes de ses dons. La création pour lui est ajournée et toujours remise au lendemain. Swann n’est jamais disponible pour achever son œuvre sur Vermeer. On ne peut pas le qualifier d’artiste car les contingences extérieures l’empêchent de produire une œuvre qui lui soit propre, une œuvre qui exprimera sa façon de voir les choses et de comprendre le monde. Mais on peut dire que c’est un dilettante, un amateur d’art qui fait l’éducation des femmes du monde et qui les aide dans l’acquisition des tableaux et des œuvres d’art qui ornent leurs salons.

« …cette carrière mondaine où il avait gaspillé dans les plaisirs frivoles les dons de son esprit et fait servir son érudition en matière d’art à conseiller les dames de la société dans leurs achats de tableaux et pour l’ameublement de leurs hôtels, et qui lui faisait désirer de briller… » Du côté de chez Swann

L’avis de Swann est important et infaillible car il sait apprécier les choses et connaît leur valeur artistique.

Ce personnage si important aux yeux des mondains et doté d’un prestige inouï entretient avec l’art un rapport particulier. Swann est l’amateur d’art qui n’arrive pas à sortir de son amateurisme et qui est de ce fait condamné à n’être jamais un artiste. Pourtant, il a fondé tous ses espoirs sur l’art à tel point qu’il l’utilise à des fins qu’on peut juger « impures ». L’art devient en effet chez lui une échappatoire ; quand il veut se disculper d’une invitation inopportune, il prétexte son étude en chantier sur Vermeer ; ainsi, au début de sa liaison avec Odette de Crécy, quand un rendez-vous avec celle-ci coïncide avec celui d’une autre dame, il allègue son travail sur le maître hollandais.

Swann est tellement féru d’art classique et si grand admirateur des maîtres napolitains qu’il ne peut aimer une personne et l’apprécier que si elle a une ressemblance quelconque avec une œuvre d’art importante. On peut dire dans son cas que l’art forme une espèce d’écran qui cache les imperfections des êtres qu’il côtoie et qu’il les auréole à ses yeux du charme de l’œuvre classique. La servante des parents de Marcel devient la charité de Giotto, le cocher Rémi Lorédan et Odette Zephora de Botticelli. Swann ne regarde jamais une femme qu’à travers l’optique de l’art. Il ne la fréquente que si elle a les qualités requises, c’est-à-dire celles des sculptures ou des peintures. Il ne vise la compagnie d’une beauté quelconque ou vulgaire, que si elle est dotée d’un physique qui la rapproche d’une œuvre d’art. Aussi part-il à la conquête de femmes d’une extraction modeste alors qu’il délaisse les duchesses et les beautés du monde.

Swann, au début de ses amours avec Odette, en scrutant ses traits et son corps, éprouve comme une répulsion qui glace ses sens. Il trouve cette femme, qu’on dit belle, d’une beauté vulgaire qui le choque. En fin connaisseur, il examine son visage, son physique pour se convaincre qu’elle est belle : néanmoins, tout en elle le laisse indifférent et lui répugne, surtout sa peau fanée et fragile malgré sa jeunesse, et ses pommettes proéminentes, jusqu’au jour où subitement, par la magie de l’art, le visage d’Odette est transfiguré.

La manie de Swann qui le pousse toujours à chercher la ressemblance entre un être vivant et une œuvre d’art exprime son dilettantisme. En regardant une gravure de Zephora, la fille de Jethro, qui figure dans une fresque de la chapelle Sixtine, il découvre une ressemblance entre elle et Mme de Crécy. Ainsi, Odette devient pour lui comme le prototype d’une œuvre de musée. Parce qu’il a découvert cette ressemblance, la cocotte acquiert à ses yeux un nouveau statut et un pouvoir de séduction. Swann a l’impression qu’elle s’est métamorphosée. Elle n’est plus la femme aux traits tirés et au « profil trop accusé », elle est devenue une pièce de musée, une œuvre d’art, l’exemple type de la beauté qui aurait fasciné un peintre florentin. Swann donne alors à Odette le pouvoir de charmer et devient tributaire des moments qu’elle consent à passer avec lui.

On peut remarquer qu’il n’est pas comme beaucoup de mondains pour qui il est des heures pour la vie et d’autres pour l’art. D’après sa façon de voir les choses, on peut dire que pour lui l’art est la vie et que la vie est l’art. A aucun moment il ne cherche à dissocier l’art et la vie. Son existence ne peut avoir un sens que si elle a un côté artistique. Pour lui, une situation n’acquiert son plein sens que si elle fait référence à une autre analogue chez Balzac ou un autre romancier. Une personne n’a un charme particulier que si elle rappelle un tableau ou une sculpture. Dès que Swann mêle l’art à la vie, celle-ci devient plus belle, plus illuminée. Swann ne voit plus autour de lui que Delacroix, Géricault ou Renoir. L’art donne un intérêt particulier aux endroits les plus communs, aux situations les plus ordinaires et aux personnes les plus vulgaires. C’est à ce titre qu’Odette de Crécy devient une personne intéressante pour Swann. Sa ressemblance avec Zephora de Botticelli a attisé son amour. Avant, il la fuyait, maintenant elle est recherchée et désirée. Sa référence à la peinture est importante, elle montre que ses connaissances sont profondes ; néanmoins, on ne peut pas dire de lui qu’il est peintre ou artiste. Swann évoque une étude sur Vermeer commencée depuis des années, mais celle-ci est condamnée à rester inachevée. A aucun moment dans A la recherche du temps perdu on nous dit que Swann a terminé son travail ou qu’il est sur le point de le terminer. Il n’est pas inférieur aux artistes professionnels par ses connaissances, mais il ne cherche pas à cultiver ses dons et à mettre en exergue son talent. Il est l’exemple de l’artiste qui ne peut pas produire parce que les circonstances le lui interdisent. Swann reste un amateur d’art, et ce terme d’amateur n’a rien de péjoratif puisqu’il ne rivalise pas avec les professionnels et n’a pas produit l’œuvre qui pourrait amener une comparaison entre eux et lui. Charles Swann est un esthète qui veut que la vie soit une œuvre d’art ; il est perfectionniste à un point tel qu’on a l’impression qu’une paralysie intellectuelle le saisit à chaque fois qu’il veut produire, et cette paralysie revêt des formes extérieures et intérieures.

Swann a en effet dissipé sa jeunesse à courir les salons et à chercher à plaire aux duchesses et aux princesses. La mondanité pour lui est une seconde nature, il ne peut vivre sans fréquenter ceux qu’il trouve niais, ignorants et cruels. Il a besoin d’eux pour combler un vide que l’œuvre d’art aurait dû combler. Ceux qu’il juge sévèrement au fond de lui prennent leur revanche en l’empêchant de travailler, de réaliser une œuvre d’art et de se réaliser lui-même. Swann, est à la recherche de lui-même ; on sent qu’il est angoissé, qu’il se pose des questions et qu’il se remet en question. Mais il ne peut prendre aucune décision et se réfugie dans son amour pour les sons, les couleurs et les formes ; tout cela parce que les êtres n’ont pas d’existence autonome dans sa conscience. Il a besoin de les recréer par le biais de l’art et ils deviennent ainsi des représentations picturales. Jamais il n’aurait eu cette liaison amoureuse avec Odette sans la découverte de sa ressemblance avec la fille de Jethro. Quand Swann a découvert que Mme de Crécy est l’original charnel de Zephora, il s’est senti plus déterminé que jamais à nouer une vraie relation amoureuse avec elle.

« Il la regardait ; un fragment de la fresque apparaissait dans son visage et dans son corps, que dès lors il chercha toujours à y retrouver, soit qu’il fût auprès d’Odette soit qu’il pensât seulement à elle ; et, bien qu’il ne tînt sans doute au chef-d’œuvre florentin que parce qu’il le retrouvait en elle, pourtant cette ressemblance lui conférait à elle aussi une beauté, la rendait plus précieuse. Swann se reprocha d’avoir méconnu le prix d’un être qui eût paru adorable au grand Sandro… » Du côté de chez Swann

La fonction de l'art dans La Recherche

Posté le 08.04.2008 par coquelicot2007
Selon Marcel Proust, l’art n’est pas uniquement un jeu de dilettante, il est surtout et avant tout un moyen de faire connaître et de saisir la réalité.

« La vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent réellement vécue, c’est la littérature ; cette vie qui, en un sens, habite à chaque instant chez tous les hommes aussi bien que chez l’artiste. » Le Temps Retrouvé

L’art permet de transcender la réalité. C’est par lui seul que « nous pouvons sortir de nous ». Il est une « religion » et une philosophie. Il doit nous éclairer sur le monde et les mystères de la création. La fonction de l’art est de refléter les malheurs et les angoisses de l’homme et en même temps de lui révéler la voie à suivre pour retrouver l’essence des choses et le vraie sens de l’existence.

« Ce travail qu’avaient fait notre amour-propre, notre passion,notre esprit d’imitation, notre intelligence abstraite, nos habitudes , c’est ce travail que l’art défera, c’est la marche en sens contraire, le retour aux profondeurs où ce qui a existé réellement gît inconnu de nous, qu’il nous fera suivre . » Le Temps Retrouvé

L’art est destiné à nous aider à déchiffrer et à éclaircir ; il doit aussi nous permettre de retrouver notre passé. Marcel Proust et beaucoup de ceux qui l’ont devancé s’accordent à dire « que les vrais paradis sont les paradis qu’on a perdus », tous déplorent la disparition du « vert paradis des amours enfantines ». Heureusement l’art peut, par le souvenir, ramener l’homme en arrière, lui faire revivre son passé et lui permettre de retrouver son enfance. La rédaction de la Recherche a permis à Proust de revivre intensément les moments les plus exaltants de sa jeunesse et de retrouver sa pureté originelle.

« J’avais seulement dans sa simplicité première le sentiment de l’existence comme il peut frémir au fond d’un animal ; j’étais plus dénué que l’homme des cavernes. » Du côté de chez Swann

L’art, outre la fonction d’aider à opérer un retour aux origines n’a d’autre fonction que la connaissance et l’exploration de l’inconscient. Le narrateur et plusieurs autres personnages essayent de pénétrer les secrets de l’âme humaine et de retrouver une communion avec l’univers grâce aux sons et aux couleurs. L’homme se réalise à travers ses œuvres d’art, peut se purifier ainsi grâce à l’art. Pour cette raison nous remarquons que Marcel Proust assimile très souvent l’art à la religion. L’art est parfois perçu par lui comme un dieu à la fois impitoyable et magnanime. Il torture et ensuite permet la béatitude et la sérénité. Celui qui a la vocation de l’art est un élu qui, grâce aux mots, aux couleurs et aux sons peut pénétrer dans le monde merveilleux de la création. Le narrateur, avant que sa vocation ne se concrétise, a la sensation d’être un damné, une âme en peine errant dans les méandres du monde à la recherche du salut. Car le salut pour Marcel Proust et son narrateur ne peut venir que de l’art. C’est en effet par l’art qu’on accède à la connaissance et qu’on arrive à percer les énigmes. L’art a aussi une fonction de conservation ; c’est un musée où le moi profond de l’artiste est gardé jalousement ainsi que ses impressions originelles et la meilleure partie de lui-même. L’art sublime la vulgarité, la banalité et tous les mauvais instincts de l’homme comme l’agressivité et la destruction. Il permet enfin la communication entre l’artiste et son lecteur, son auditeur ou son spectateur. Mais pour que le contact soit établi, l’œuvre doit être belle même si le sujet est crapuleux. Dans Contre Sainte-Beuve, Marcel Proust écrit :

« La matière de nos livres, la substance de nos phrases doit être immatérielle, non pas prise telle quelle dans la réalité, mais nos phrases elles-mêmes et les épisodes aussi doivent être faits de la substance transparente de nos minutes les meilleures où nous sommes hors de la réalité et du présent. C’est de ces gouttes de lumière qu’est fait le style et la fable d’un livre. »

Le roman à la première personne

Posté le 02.04.2008 par coquelicot2007
Dès l'incipit de Du côté de chez Swann il apparait que la Recherche est avant tout un roman à la première personne. A part Un amour de Swann qui est à la troisième personne, le « je » est au centre de cette gigantesque œuvre et autour de lui gravitent tous les autres personnages. Le pronom « je » désigne la personne « qui énonce la présente instance de discours contenant Je ».

Donc « je » n’a d’existence que par et dans le discours qui l’emploie. Il est dans un changement continuel car il acquiert chaque fois une instance discursive particulière. Il ne peut être identifié que par « l’instance de discours qui le contient et par là seulement. Il ne vaut que dans l’instance où il est produit (…) ; la forme « je » n’a d’existence linguistique que dans l’acte de parole qui la profère. » (Emile Benveniste, Problèmes de linguistique générale)

La forme « Je » peut prendre comme pluriel la forme « Nous ». De cette manière le narrateur tisse des liens avec son lecteur. Ainsi fait-il lorsqu’il utilise « notre » :

« J’appuyais tendrement mes joues contre les belles joues de l’oreiller qui, pleines et fraîches, sont comme les joues de notre enfance. » Du côté de chez Swann

La pensée générale est souvent présentée sous le signe d’un « nous » qui intègre à l’expérience du narrateur celle de son propre lecteur qui est pris comme témoin. Aussi, le narrateur s’adresse-t-il directement au lecteur comme c’est le cas dans ce passage :

« Peut-être l’immobilité des choses autour de nous leur est-elle imposée par notre certitude que ce sont elles et non pas d’autres, par l’immobilité de notre pensée en face d’elles. » Du côté de chez Swann

Dans le premier volet de la Recherche, dès l’incipit, il apparaît que le discours est assuré par « Je », la voix du narrateur qui est une structure essentielle du récit chez Proust.

Le narrateur est une instance indispensable dans l’énonciation. Jean-Pierre Faye a remarqué que « le narrateur -gnarus, celui qui sait- est mot à mot l’opposé de l’ignare, qui ne sachant rien ne peut rien raconter. » ( in Pour lire le roman)

Ce rôle peut être occupé par le personnage principal, par un personnage secondaire mais il n’est pas toujours identifié dans le récit et on est « incapable d’assigner l’instance narrative à une quelconque figure. »

Dans le cas de l’autobiographie il y a fusion totale entre l’auteur et le narrateur, dans d’autres cas auteur et narrateur sont totalement différenciés, mais il y a également le cas où l’identité de l’auteur et celle du narrateur se recoupent à divers degrés. Ce dernier type est beaucoup plus complexe puisqu’il plonge le lecteur dans la confusion du moment qu’il est incapable de distinguer la part de réalité et celle de fiction. C’est le cas de La Recherche de Marcel Proust. En effet dès la première phrase de Du côté de chez Swann, le lecteur est d’emblée plongé dans la confusion la plus totale. S’agit-il de Marcel le narrateur ou bien de Marcel Proust ?

L'homme perdu dans le temps et l'espace

Posté le 29.03.2008 par coquelicot2007
Le titre A la recherche du temps perdu indique la quête d'un homme qui cherche à retrouver son passé et l'existence menée autrefois. La thématique du temps ne s'est pas faite attendre puisque Du côté de chez Swann s'ouvre sur cette recherche. L'homme réveillé en pleine nuit essaye de localiser sa vie dans le temps et l'espace
" moment totalement dépourvu de rapport avec le reste de la durée; moment suspendu en lui-même et profondément angoissé, parce que celui qui le vit, ne sait littéralement quand il vit. Perdu dans le temps, il est réduit à une vie toute momentanée." (Georges Poulet, L'espace proustien)

Le dormeur éveillé est désemparé parce qu'à première vue il ne connaît pas le monde où il vit et il ne peut pas déterminer le lieu où il se trouve. Ceci apparaît dès l'incipit.

" Et quand je m'éveillais au milieu de la nuit, comme j'ignorais où je me trouvais, je ne savais même pas au premier instant qui j'étais; j'avais seulement dans sa simplicité première le sentiment de l'existence comme il peut frémir au fond d'un animal..." Du côté de chez Swann

C'est le premier geste cauchemardesque de l'être proustien au moment de son réveil. Son état d'esprit ressemble un peu à celui d'un personnage des Mille et une nuit qui a été transporté dans une île déserte pendant qu'il dormait et le matin au moment de son réveil il se trouve perdu dans le temps et l'espace.

Avec le réveil au milieu de la nuit le narrateur reprend conscience d'un instant précis de son existence. Cette prise de conscience est douloureuse parce qu'il ne peut dire qui il est et il n'a pas les moyens de déterminer le lieu où il se trouve et de relier ce même lieu aux autres lieux de sa vie antérieure, sa " pensée trébuche entre les temps, entre les lieux." Son réveil coincide-t-il avec un laps de temps de son enfance , de son adolescence ou même de son âge adulte?

Nous remaarquons les tâtonnements de son esprit pour identifier le lieu. Celui-ci est toujours relatif à la chambre à coucher. Est-ce sa chambre de Combray, de Paris, de Balbec ou une de ces nombreuses chambres d'hôtel où il a pu dormir?

Pour le narrateur une chambre inconnue où il n'a pas ses habitudes n'est pas un vrai lieu, elle est n'importe où dans l'espace.

" Mais ma tristesse n'en était qu'accrue, parce que rien que le changement d'éclairage détruisait l'habitude que j'avais de ma chambre et grâce à quoi, sauf le supplice du coucher, elle m'était devenue supportable. Maintenant je ne la reconnaissais plus et j'y étais inquiet , comme dans une chambre d'hôtel ou de chalet où je fusse arrivé pour la première fois en descendant de chemin de fer."

En se réveillant dans le noir, le narrateur ne peut être aucunement sûr de la disposition des lieux. Dans la préface de Contre Sainte-Beuve nous relevons la citation suivante :

" Je fus comme ces dormeurs qui en s'éveillant dans la nuit ne savent pas où ils sont, essaient d'orienter leurs corps pour prendre conscience du lieu où ils se trouvent, ne sachant dans quel lit, dans quelle maison, dans quel lieu de la terre, dans quelle année de leur vie ils se trouvent."

Son esprit se met en branle et essaye d'imaginer l'emplacement des fenêtres, de la porte et des meubles. Parfois un rai de lumière éclaire sa chambre ce qui lui permet d'entrevoir l'espace où il se trouve.

" Je me rendormais, et parfois je n'avais plus que de courts réveils d'un instant, le temps d'entendre les craquements organiques des boiseries, d'ouvrir les yeux pour fixer le kaléidoscope de l'obscurité, de goûter grâce à une lueur momentannée de conscience le sommeil où étaient plongés les meubles, la chambre, le tout dont je n'étais qu'une petite partie et à l'insensibilité duquel je retournais vite m'unir."

La tranche de temps qui correspond au réveil ou au début du sommeil est une espèce de clair-obscur où la conscience est souvent troublée par des phénomènes extérieurs. Le narrateur voit l’espace se dédoubler, perdre à la fois son immobilité et sa simplicité ou bien se dédoubler d’un autre espace. C’est une expérience à la fois unique et effrayante. Unique parce qu’elle lui permet de faire un feed-back et retrouver un moment de sa vie antérieure.

« (…) ou bien en dormant j’avais rejoint sans effort un âge à jamais révolu de ma vie primitive… »

Mais ce retour en arrière peut se transformer en cauchemar :

« (…) retrouvé telle de mes terreurs enfantines comme celle que mon grand-oncle me tirât par mes boucles et qu’avait dissipée le jour – date pour moi d’une ère nouvelle – où on les avait coupées. J’avais oublié cet évènement pendant mon sommeil, j’en retrouvais le souvenir aussitôt que j’avais réussi à m’éveiller pour échapper aux mains de mon grand-oncle… »

Ce réveil au milieu de la nuit est toujours un temps de perturbation et de recherche du temps et des lieux perdus.

« (…) mon esprit s’agitant pour chercher, sans y réussir, à savoir où j’étais, tout tournait autour de moi dans l’obscurité, les choses, les pays, les années. »

A maintes reprises dans Du côté de chez Swann, nous relevons le désarroi du dormeur qui n’arrive pas à déterminer son espace et qui a perdu « le plan du lieu où il se trouve ». Cette perte de l’orientation lui donne l’impression que les lieux basculent et vacillent. Le narrateur, étant hypersensible, est obligé, de par sa maladie, de se retrancher dans sa chambre et de vivre en reclus. Cette retraite forcée ne fait que renforcer sa nervosité et sa solitude. Certains soirs, pour le distraire, sa tante lui proposait un jeu avec une lanterne magique où l’on voit le terrible Golo qui chevauche en direction du château de Geneviève de Brabant, ancêtre des Guermantes seigneurs du village de Combray.

La solitude a fait du narrateur un être enclin à la rêverie. Retiré du monde, il s’amuse à le recréer. Ainsi, les êtres, les espaces et les choses n’ont plus leur aspect réel mais sont transfigurés par une imagination vagabonde que rien n’arrête – ni le temps ni l’espace -, qui fait venir le monde jusqu’à lui. De ce fait, Golo voyage sur le rideau.

« Si on bougeait la lanterne, je distinguais le cheval de Golo qui continuait à s’avancer sur les rideaux de la fenêtre, se bombant de leurs plis, descendant dans leurs fentes. »

Ainsi, l’espace extérieur s’infiltre dans l’espace clos de la chambre. Ce nouvel évènement inattendu, cette superposition des espaces trouble la conscience du narrateur éveillé comme elle troublera son sommeil et il a l’impression de « quelqu’un qui tombe de cheval » ( A l’ombre des jeunes filles en fleurs)

Tout bascule autour de lui, le mur où l’enfant regarde la chevauchée de Golo vacille, la chambre aussi subit le même sort quand il se réveille dans le noir. Ce tournoiement psychique et spatial affecte non seulement l’esprit du narrateur mais aussi les lieux où il se trouve. Cette vacillation ne concerne pas seulement l’espace mais aussi le temps car un lieu essaye de prendre la place d’un autre et un temps passé fait irruption dans le présent. A ce moment-là, encore une fois, le narrateur tente de mettre un peu d’ordre dans son esprit. D’autres lieux s’imposent à lui et il essaye de se les rappeler. Cependant il n’en trouve aucune trace dans sa mémoire. Ils sont perdus, parfois à tout jamais. D’autres fois, le narrateur pourrait les retrouver par le biais de la réminiscence. La question capitale est de savoir comment relier le temps et l’espace où l’on se trouve aux autres espaces et moments dispersés tout le long de l’étendue.

« On dirait que l’espace est une sorte de milieu indéterminable, où errent les lieux, de la même façon que dans les espaces cosmiques errent les planètes. » (L’espace proustien)

Si l’espace est indéterminé et ne peut être rattaché aux autres lieux, il semble alors perdu dans la solitude de l’espace. Marcel, quand il ne peut se trouver dans son espace se sent perdu et sans aucun univers ni port d’attache. Il est à la fois nulle part et n’importe où comme une épave perdue dans l’immensité de l’océan. Pour le narrateur c’est une victoire que de se retrouver dans un espace connu et dans un temps précis. Quand les images deviennent fixes et les lieux définis il éprouve le soulagement de l’égaré qui retrouve son chemin. Les lieux familiers s’estompent parfois de notre mémoire mais, par enchantement ou par un désir intensif de les retrouver ils reviennent pour occuper leur place primitive.

« (…) en des jours lointains qu’en ce moment je me figurais actuels sans me les représenter exactement et que je reverrais mieux tout à l’heure quand je serais tout à fait éveillé. »

Les lieux sont comme les souvenirs, ils s’en vont et ils reviennent. L’enchantement de la mémoire affective permet de retrouver le temps perdu et du même coup l’espace perdu.

Marcel Proust écrit à ce propos : « (…) notre mémoire ne nous présente pas d’habitude nos souvenirs dans leur suite chronologique mais comme un reflux où l’ordre des parties est renversé. » (A l’ombre des jeunes filles en fleurs)

Même les espaces ne se présentent pas dans un même ordre ce qui est la cause du vertige et de la peur du narrateur qui se recroqueville dans son lit et dans son nid.

« (…) chambre d’hiver où quand on est couché, on se blottit la tête dans un nid qu’on se tresse avec les choses les plus disparates, un coin de l’oreiller, le haut des couvertures, un bout de châle, le bord du lit et un numéro des Débats roses, qu’on finit par cimenter ensemble selon la technique des oiseaux (…) ; où, par un temps glacial, le plaisir qu’on goûte est de se sentir séparé du dehors (…) de chaude caverne creusée au sein de la chambre même. » (Du côté de chez Swann)

Le narrateur fait ici référence à des termes chers à Gaston Bachelard comme la dialectique du dehors et du dedans. Il utilise aussi des métaphores relatives aux oiseaux. La chaleur de son lit-nid le réconforte :

« Déjà dans le monde des objets inertes, le nid reçoit une valorisation extraordinaire. On veut qu’il soit parfait, qu’il porte la marque d’un instinct très sûr. De cet instinct on s’émerveille, et le nid passe aisément pour une merveille de la vie animale. » (Gaston Bachelard, La poétique de l’espace)

Le nid est la maison de l’oiseau. Pour le narrateur c’est une maison en miniature où il pourra se retrouver facilement. C’est l’image du repos et de la tranquillité. Le nid signifie également le départ pour l’aventure car l’oiseau vole très loin, survole plusieurs espaces avant de revenir dans son nid. Ce retour vers le nid marque le commencement de rêveries infinies.

Le temps

Posté le 26.03.2008 par coquelicot2007
A la recherche du temps perdu est une oeuvre dont les thèmes centraux sont le temps et l'espace. Marcel Proust, à l'instar d'autres écrivains français, a une conscience aigüe du temps. Déjà, l'ouverture de Du côté de chez Swann annonce cette sensibilité à la notion de temps et place l'oeuvre sous son signe.

" Longtemps je me suis couché de bonne heure (...) je n'avais pas le temps de me dire : " Je m'endors" Et une demi-heure après, la pensée qu'il était temps de chercher le sommeil..."

L'incipit regorge d'indications aux instances temporelles : " une demi-heure", " quelques secondes " , " heure " , " bientôt minuit " , " un instant " , " quelques moments" , " le fil des heures " , " la première minute"....

Dans l'oeuvre de Marcel Proust, il y a un perpétuel va et vient au niveau de l'axe temporel. Il n'y a pas de suite chronologique.

" (...) notre vie était si peu chronologique interférant tant d'anachronisme à la suite des jours." A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Ainsi, passé, présent et futur cohabitent dans une parfaite harmonie. L'intervention du passé dans le présent est constante. Ce sont d'abord des moments de la vie antérieure du narrateur qui lui reviennent dans une résurrection brutale. C 'est ensuite le grand effort du narrateur pour se remémorer son passé à jamais révolu.

" (...) j'allais me donner tout entier à ce but : la retrouver, comme ceux qui partent en voyage pour voir de leurs yeux une cité désirée..." Du côté de chez Swann

Le temps est mêlé de passés, de ce fait le narrateur qui avance vers l'avenir avance du même coup dans son passé.
Puisque le temps est à la fois prospectif et rétrospectif, le récit prospecte à la fois le présent, le futur et le passé à tel point que la chronologie est brouillée
.

La poétisation

Posté le 24.03.2008 par coquelicot2007
Pour Swann, tout comme pour le narrateur, la poétisation joue le rôle de la cristallisation. Au début rien ne prédisposait Odette à être aimée de lui. Pourtant ses défauts ne font en aucun cas obstacle à son idéalisation. Ainsi, l’amour va se développer grâce à un certain pouvoir de suggestion. « La dame en rose » commencera à exister pour Swann à partir du moment où elle se dote des propriétés de l’objet poétique.
Lors d’une première visite à Odette, même s’il n’apprécie guère son goût en matière de décoration, Swann ne peut s’empêcher d’apprécier la beauté des chrysanthèmes qui ornent le salon sans pour autant se confondre avec la vulgarité ambiante.

« Il (Swann) avait eu plaisir (…) à voir la pénombre de la pièce zébrée de rose, d’orange et de blanc par les rayons odorants de ces astres éphémères qui s’allument dans les jours gris »

En s’isolant de la vulgarité, la fleur est devenue apte à transmettre à Odette ses qualités esthétiques, des qualités totalement subjectives mais capables de lui donner du prestige aux yeux de Swann.

« Avec une nuance d’estime pour cette fleur si « chic », pour cette sœur élégante imprévue que la nature lui donnait. »

Parée de la séduction des fleurs qui l’entourent et lui ressemblent, Odette devient unique pour Swann au même titre que le thé incomparable qu’elle lui prépare.

« Ce serait bien agréable d’avoir ainsi une petite personne chez qui on pourrait trouver cette chose si rare, du bon thé. »

Grâce à une manipulation psychologique, Odette devient unique pour Swann vue l’unicité et la rareté de son thé. Ce thé, en effet, « avait paru à Swann quelque chose de précieux comme à elle-même. »

Telle est la force de persuasion de l’objet dès qu’il est poétisé. Alors, il acquiert des caractéristiques transférables. La fleur et le thé sont autant de prétextes à l’éclosion du mal sacré.

« L’amour a tellement besoin de se trouver une justification, une garantie de durée, dans des plaisirs qui au contraire sans lui n’en seraient pas et finissent avec lui. »

Pour le narrateur, la poétisation joue un rôle prépondérant dans la naissance de l’amour. Gilberte ne prend du prestige à ses yeux qu’à partir du moment où il associe son image à la vision des cathédrales. En plus lorsqu’il apprend par Swann qu’elle est l’amie de l’écrivain Bergotte elle lui apparaît comme jadis Odette pour Swann, auréolée de poésie. Elle devient pour lui un « être d’une condition si rare ». Un être qui appartient à un autre monde, celui des dieux.

« (…) quand elle allait visiter des villes, il (Bergotte) cheminait à côté d’elle, inconnu et glorieux, comme les dieux qui descendaient au milieu des mortels… »

Aux yeux du narrateur Albertine tout comme Odette et Gilberte, recèle tout un monde poétique. Elle semble tenir, liées autour d’elle toutes les impressions maritimes de Balbec. Sur le point de l’embrasser, il s’imagine que le contact physique le mettra en communication avec ce monde qui lui est si cher.

« Il me semblait que j’aurai, sur les deux joues de la jeune fille, embrassé toute la plage de Balbec. »

La rêverie sur le mystère poétique qui entoure un être est beaucoup plus apparente dans la passion du narrateur pour Oriane de Guermantes. Dès l’enfance elle est l’objet de ses fantasmes parce qu’elle est la descendante de Geneviève de Brabant.

Certains soirs, pour distraire son petit-fils, la grand-mère proposait à Marcel un jeu avec une lanterne magique où l’on voyait le terrible Golo poursuivre l’ancêtre des Guermantes. Attendri, l’enfant n’éprouve que compassion et tendresse pour celle-ci . Il porte les sentiments qu’il a pour elle sur sa descendante. Dès lors les rêveries nocturnes de l’enfant sont peuplées par la duchesse. C’est la sylphide qui vient le visiter dans ses moments de solitude. Le narrateur ne l’a jamais vue et il ne peut donner une forme précise à son visage. Il va essayer de se la représenter grâce aux jeux de l’imagination.

« Quand je pensais à Mme de Guermantes (…) je me la représentais avec les couleurs d’une tapisserie ou d’un vitrail, d’un autre siècle, d’une autre manière que le reste des personnes vivantes. »

L’être réel, en l’occurrence Oriane, se trouve transfigurée par l’imagination qui l’agrandit et l’affuble de qualités extraordinaires et de ce fait devient un personnage de légende. Mme de Guermantes sera désormais pour Marcel la « fée ».

Ainsi, il s’avère que la poétisation est un facteur très important dans la brusque éclosion de l’amour. « Voir en Oriane une fée, associer Gilberte à l’univers des cathédrales et Albertine à la vision poétique de Balbec c’est alimenter les premiers sentiments de tous les prestiges de l’imagination. »

La jalousie : un mal nécessaire

Posté le 16.03.2008 par coquelicot2007
La jalousie est loin d'être chez Marcel Proust ce qu'elle est chez Montaigne : " la plus vaine et tempétueuse maladie qui afflige les âmes humaines."

Certes, pour l'auteur de la Recherche, la jalousie est perçue comme une maladie qui inflige la pire des souffrances à celui qui la subit aussi bien physiquement que moralement. Toutefois, elle s'avère utile puisque'elle donne de la consistance à l'amour et lui permet de survivre. Mais c'est également elle qui éveille les forces de l'esprit par les souffrances qu'elle cause. A ce propos Proust affirme dans le Temps retrouvé:
" ... C'est le chagrin qui développe les forces de l'esprit (...) les idées sont les succédanées des chagrins."

Dans la Recherche, l'art et la souffrance causée par la passion entrent dans un rapport étroit de complémentarité. C'est justement parce qu'elle est souffrance que la jalousie devient bénéfique puisqu'elle donne accès à la création.

" Une chose curieuse que cette circulation de l'argent que nous donnons à des femmes qui, à cause de cela nous rendent malheureux, c'est-à-dire nous permettent d'écrire des livres : on peut presque dire que les oeuvres, comme dans les puits artésiens, montent d'autant plus haut que la souffrance a profondément creusé le coeur. "

Comme l'amour, la jalousie suscite l'envol de l'imaginaire et engendre la production de fictions. En effet, confronté au refus et à l'exclusion, le jaloux invente des scénarios multiples pour tenter d'élucider le mystère qui enveloppe l'être aimé. Prise dans les "feux tournants de la jalousie", l'imagination se met en marche. Le jaloux cherche par tous les moyens à connaître la vérité de l'autre. Il se livre corps et âme à ses investigations et y consacre tout son temps à tel point que cette recherche devient obsessionnelle. Rien n'illustre mieux, chez Proust, la notion de "temps perdu" que l'ardeur avec laquelle le jaloux interprète et analyse chaque parole, chaque geste de l'autre.

" L'horreur de ces amours que l'inquiétude seule a enfantées vient du fait que nous tournons et retournons sans cesse dans notre cage des propos insignifiants."

Pourtant il suffit d'une simple inversion de signes pour que cette énergie folle et destructrice devienne l'aliment nécessaire de la plus haute création. En effet, la recherche de la vérité s'avère utile au jaloux puisqu'elle enrichit son univers en lui donnant accès à la vie des autres êtres et en lui faisant découvrir des émotions jusque-là ignorées.

De nombreux personnages jaloux jalonnent l'univers de la Recherche. Cependant, seul le narrateur pourra trouver la voie du salut. En effet, c'est parce qu'il a connu de grands chagrins, mais surtout parce qu'il a su utiliser ses souffrances que Marcel a finalement découvert sa vocation d'écrivain.

" Les chagrins sont des serviteurs obscurs, détestés , contre lesquels on lutte, sous l'empire de qui on tombe de plus en plus, des serviteurs atroces, impossibles à remplacer et qui par des voies souterraines nous mènent à la vérité. "

La surprise de la jalousie

Posté le 15.03.2008 par coquelicot2007
C'est sur un fond de calme absolu que la jalousie fait son apparition qui peut être aussi soudaine que celle de l'amour. Un rien préside à sa naissance. Il suffit que celui qui aime se pose des questions sur la part cachée de la vie de la personne aimée pour que les pensées négatives envahissent son esprit. Ainsi, Swann, qui ignore tout de la vie d'Odette lorsqu'elle n'est pas en sa compagnie, commence à s'interroger sur son emploi de temps.

" Il n'allait chez elle que le soir, et il ne savait rien de l'emploi de son temps pendant le jour, pas plus que de son passé, au point qu'il lui manquait même ce petit renseignement initial qui, en nous permettant de nous imaginer ce que nous ne savons pas, nous donne envie de le connaître. Aussi ne se demandait-il pas ce qu'elle pouvait faire, ni ce qu'avat été sa vie."

A partir de renseignements donnés au gré du hasard par une tierce personne qui l'aurait rencontrée, Swann ne peut que constater qu'Odette a une autre vie qui lui échappe et dont il ignore tout.

De même la jalousie peut apparaître à n'importe quel moment. Il suffit d'un refus, d'une dénonciation ou d'un mensonge pour que l'inquiétude s'installe. Alors, le sujet passionné est pris du désir de découvrir la face cachée de la personne aimée. La soif de la vérité le prend.

" (...) c'était une autre faculté de sa studieuse jeunesse que sa jalousie ranimait, la passion de la vérité..."

Une fois que la jalousie s'introduit dans la vie de l'amoureux le bonheur est rompu et toutes les joies qu'il goûtait avec l'être aimé se trouvent affectées d'un signe négatif.

De l'enchantement à la jalousie

Posté le 14.03.2008 par coquelicot2007
Dans A la recherche du temps perdu c'est la jalousie qui prolonge et fait survivre l'amour. A sa naissance l'amour n'est que joie et promesses de bonheur. Il grandit, mûrit et devient immense. Cependant, il n'est guère durable. Dès que l'amoureux s'assure de la possession de l'être aimé, la flamme de la passion commence à s'éteindre et peu à peu l'ennui s'installe. Il n'éprouve plus de plaisir à être auprès de celle qu'il aime et ne songe plus qu'à rompre. Mais il suffit d'une absence, d'un mensonge, d'un doute ou d'une nouvelle découverte pour que l'angoisse s'installe. C'est à ce moment qu'intervient la jalousie pour raviver l'étincelle de l'amour. La personne aimée est à nouveau une source de plaisir et devient digne d'intérêt. Ainsi, toutes les histoires d'amour relatées dans La Recherche sont constituées de l'alternance de phases de calme et d'agitation.

Le narrateur, lorsqu'il tombe amoureux d'Albertine, connaît d'abord des moments de bonheur et d'euphorie. Peu à peu l'habitude engendre l'ennui et l'extinction du désir. Lassé de sa "prisonnière", Marcel ne songe plus qu'à la quitter.

" L'atmosphère n'y éveillait plus d'angoisses et, chargées d'effluves purement humains, y était aisément respirable, trop calmante, (...) le mariage avec Albertine m'apparaissait comme une folie." Sodome et Gomorrhe

Sur un fond de " non euphorie ", où l'être aimé a aquis une réalité stable surgit la vision de cet être qui, du moment qu'elle est en contradiction avec la vision habituelle, fait naître l'angoisse et la souffrance c'est-à-dire la dysphorie. La peur subite de perdre l'objet de son amour entraîne chez Marcel une angoisse intense. Ainsi, sa relation avec Albertine, lorsqu'il apprend qu'elle a connu Mlle Vinteuil, va subitement entrer dans une nouvelle phase.

" Nous pouvons voir roulé toutes les idées possibles, la vérité n'y est jamais entrée, et c'est du dehors quand on s'y attend le moins, qu'elle nous fait son affreuse piqûre et nous blesse pour toujours. " Sodome et Gomorrhe

Il n'est plus question alors pour le narrateur de quitter Albertine. Cette nouvelle découverte en même temps qu'elle attise sa jalousie ravive son amour et son intérêt pour elle.

" C'est souvent seulement par manque d'esprit créateur qu'on ne va pas assez loin dans la souffrance. Et la réalité la plus terrible donne en même temps que la souffrance, la joie d'une belle découverte parce qu'elle ne fait que donner une forme neuve ete claire à ce que nous remâchions depuis longtemps sans nous en douter." Sodome et Gomorrhe

L'acceuil réservé aux peintres impressionnistes

Posté le 03.03.2008 par coquelicot2007
D'avantage que Manet , Claude Monet apparait comme le chef de file du mouvement impressionniste. C'est ,d'ailleurs, à lui que ce courant doit indirectement son nom puisque c'est son tableau intitulé Impression,soleil levant qui a permis à Louis Leroy de baptiser le groupe. Dans le Charivari du 25 avril 1874, Louis Leroy pour ridiculiser le tableau de Monet donne au groupe le surnom d'impressionnistes. A ce sujet il écrit : " Impression ...j'en étais sûr. Je me disais aussi, puisque je suis impressionné, il doit y avoir de l'impression là-dedans."

A son tour Emile Caron va adopter le terme "impressionnisme" : " Piquez au hasard des tâches rouges et bleues vous aurez une impression" .

Claude Monet relève le défi et adopte ce nom comme emblème de la jeune école. A ce propos Zola écrit dans Mon salon Manet : " ... et ils ont ramassé comme un drapeau la qualification d'impressionnistes qu'on leur avait donnée. Impressionnistes on les a nommés pour les plaisanter , impressionnistes ils sont restés par crânerie."

En 1876 , une exposition à la galerie Durand-Ruel, rue Le Peletier, donne un résultat un peu satisfaisant. Mais les critiques sont toujours aussi sarcastiques. Albert Wolf dans Le Figaro du 3 avril écrit :

" La rue Le Peletier a du malheur. Après l'incendie de l'Opéra, voici un nouveau désastre qui s'abat sur le quartier. On vient d'ouvrir chez Durand-Ruel une exposition qu'on dit être de peinture...".

Mais les impressionnistes ne désarment pas, en 1877 a lieu la troisième exposition. Le résultat est toujours le même. Le petit groupe commence à se disperser. En 1880, l'admission d'un nouveau venu : Gauguin , fait partir l'un des plus fidèles : Monet. Les expositions se succèdent mais les peintres ne désespèrent pas de pouvoir connaître le succès.
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