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Nom du blog :
coquelicot2007
Description du blog :
Invitation au voyage dans l'univers magique et secret de Marcel Proust.
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
12.12.2007
Dernière mise à jour :
17.05.2008
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L'ennui

Posté le 30.01.2008 par coquelicot2007
L'amoureux proustien finit toujours par se lasser de l'être aimé. Ainsi, Marcel en arrive à regarder Albertine comme l'obstacle qui s'interpose entre lui et tous ses désirs. C'est sa présence tant désirée qui, maintenant, le prive de tous ses plaisirs et devient ennuyeuse.

Dans La Prisonnière, Marcel semble avoir l'attitude d'un amant de vaudeville qui cherche à se débarrasser d'une maîtresse trop encombrante. D'où les constants apartés.

" Je dis en riant " qu'elle vienne! " et je me dis qu'elle pouvait aller où elle voulait et que cela m'était bien égal (...) ( et à part moi je pensais: " si, elle me lasse bien souvent." La Prisonnière

Il est tellement las de sa présence qu'il en vient à espérer son départ qui serait pour lui une libération.

" Mais quel plaisir si (...), elle avait eu la bonne idée de partir je ne sais où, où elle se serait plu, et de ne plus jamais revenir à la maison. "

Lasse de sa captivité, Albertine profitera du sommeil du narrateur pour reprendre sa liberté. L'absence, le temps aidant, il finira par l'oublier.

La captivité

Posté le 28.01.2008 par coquelicot2007
La captivité a métamorphosé Albertine. La " grande actrice de la plage " que tout le monde admirait et qui exerçait sa domination sur ses amies s'est transformée en un être docile. Elle s'est pliée aux régles de vie du narrateur, elle ne trouble pas son sommeil. Elle ne sort jamais seule et reste enfermée dans sa chambre. Elle est devenue obéissante à tous les caprices de Marcel. Il n'a plus besoin de courir pour la rattrapper ou d'envoyer quelqu'un après elle. Désormais, elle est captive chez lui, elle attend qu'il la fasse demander. Il ne peut que se désoler en constatant qu'elle avait perdu sa frivolité et son mystère.

" (...) c'était une chose curieuse comme, à travers les murs de sa prison, le destin qui transforme les êtres, avait pu passer, la changer dans son essence même, et de la jeune fille de Balbec faire une ennuyeuse et docile captive. " La prisonnière

Pour le narrateur, Albertine avait cessé d'être une victoire pour ne devenir qu'une pesante esclave et il ne ressent qu'ennui en sa présence.

La possession

Posté le 28.01.2008 par coquelicot2007
Chaque femme conquise et possédée réduit à néant les prestiges dont l'imagination l'avait parée.

" Une fois dans nos bras, elles ne sont plus que ce qu'elles étaient, cette distance que nous rêvions de franchir est supprimée..." La prisonnière

La présence

Posté le 28.01.2008 par coquelicot2007
Si l'absence joue un rôle important dans la cristallisation de l'amour, la présence , quant à elle , est suffisante pour le détruire.

" Parce que nous ne pouvons aimer que ce dont l'absence obsède et dévaste notre vie, sa présence à l'inverse, autant qu'elle l'apaise, pourtant détruit notre amour." ( Nicolas Grimaldi, La jalousie )

Loin d'apporter au narrateur le réconfort escompté, la présence d'Albertine devient encombrante. L'inaccessible jeune fille, une fois devenue captive, perd de son charme et de son attrait. Merveilleuse, elle ne l'a été qu'autant insaisissable. prisonnière, possédée elle devient " sans valeurs "

" (...) c'est parce qu'elle je l'avais vue comme un oiseau mystérieux, puis comme une grande actrice de la plage , désirée, obtenue peut-être , que je l'avais trouvée merveilleuse. Une fois captif chez moi, l'oiseau (...) avait perdu toutes ses couleurs..." La prisonnière

L'imagination n'est plus de mise. L'image de la jeune fille de la plage auréolée de poésie, parée de tous les charmes s'évanouit peu à peu. C'est par " soustraction " que le narrateur la découvre. A chaque fois, il lui ôte quelque chose dont son imagination l'avait jadis dotée.

" Au fur et à mesure que je me rapprochais de la jeune fille et la connaissais d'avantage, cette connaissance se faisait par soustraction, chaque partie d'imagination et de désir étant remplacée par une notion qui valait infiniment moins..." A l'ombre des jeunes filles en fleurs

Réduite à son terne elle-même la chatoyante actrice de la plage était devenue la " grise prisonnière" .

La fin de la passion

Posté le 28.01.2008 par coquelicot2007
Beaucoup d'écrivains ont essayé de " montrer qu'un amour naît et meurt, qu'une passion vieillit ". A l'instar de ces écrivains, Marcel Proust a été frappé par la mobilité de la passion. Aussi, a-t-il insisté dans son oeuvre sur la rapidité avec laquelle elle prend naissance et la facilité avec laquelle elle meurt. L'amour chez l'auteur de la Recherche, est une " émotion heureuse et passagère ". Chaque passion, même la plus déchaînée, finit par s'éteindre et plusieurs facteurs contribuent à son déclin.

Les catalyseurs de l'amour : le nom

Posté le 26.01.2008 par coquelicot2007
L'une des caractéristiques du personnage proustien est le nom. Chez Proust, le nom acquiert une importance fondamentale à tel point qu'il a nommé l'un des chapitres de Du côté de chez Swann: " Nom de pays : le Nom ".

Le nom joue un grand rôle dans la Recherche. Pour Jean-YVES Tadié c'est un véritable personnage qui " traverse le livre avec un grand vol réel quoique immatériel d'oiseau."

Alain de Lattre, pour sa part, pense " qu'il n'y a pas de personnage. Il y a des noms. Et puis derrière des ombres, des visages."

Deux noms règnent sur l'oeuvre de Proust, celui de Swann et celui de Guermantes. Lors de ses promenades, le narrateur, enfant, va tantôt du côté de chez Swann, tantôt du côté de Guermantes. Ces deux noms n'évoquent pas seulement des lieux déterminés mais ils désignent également le nom de femmes qui jouent un rôle prépondérant dans la vie affective de Marcel : Oriane de Guermantes et Gilberte Swann. En effet, l'une des femmes qu'aimera le narrateur porte le nom prestigieux de Guermantes. Ce nom est évoqué dès l'ouverture de Du côté de chez Swann et on le retrouve dans la clausule du Temps Retrouvé.

Marcel est fasciné par Oriane parce qu'elle est issue de la famille Guermantes. Pour lui ce nom est un catalyseur de rêves, il met l'imagination en branle et il donne à la duchesse comme à tous les membres de sa famille une dimension surhumaine. C'est un nom qui évoque une origine lointaine, un passé historique et une existence prestigieuse. Un nim comme celui de Guermantes a des reflets mystérieux et la personne qui le porte devient l'objet d'une grande admiration.

" Son nom comme il était accompagné de son titre, ajoutait à sa personne physique son duché qui se projetait autour d'elle. " Le côté de Guermantes

Le nom n'évoque pas seulement un être mais toute une existence.

" Ce nom de Gilberte passa près de moi, évoquant d'autant plus l'existence de celle qu'il désignait qu'il ne la nommait." Du côté de chez Swann

les catalyseurs de l'amour : la différence

Posté le 25.01.2008 par coquelicot2007
Selon Marcel Proust " l'accouplement des éléments contraires est la loi de la vie ", c'est la différence qui contribue à faire d'une personne un être à part et de ce fait le transforme en objet d'amour.

Swann est un homme qui a beaucoup de succès auprés des femmes les plus remarquables et les plus distinguées. Pourtant sa plus grande histoire d'amour il l'aura avec une femme qui est totalement différente de lui et qui est à l'encontre de ses goûts. Ce sont toutes les caractéristiques regrettables dont est faite sa personnalité qui ont le mérite de la différencier des autres femmes.

" (...) ces idées vulgaires, ce mauvais goût qu'elle avait en toutes choses, et qu'il aimait d'ailleurs comme tout, ce qui venait d'elle, qui l'enchantaient même, car c'était autant de traits particuliers grâce auxquels l'essence de cette femme lui apparaissait, devenait visible. " Du côté de chez Swann

Le narrateur, quant à lui, a jeté son dévolu sur Albertine plutôt que sur Andrée parce qu'elle était différente de lui alors qu'Andrée n'était qu'une réplique de lui-même.

" Mais, pour que j'aimasse vraiment Andrée, elle était trop intellectuelle, trop nerveuse, trop maladive, trop semblable à moi. Si Albertine me semblait maintenant vide, Andrée était remplie de quelque chose que je connaissais trop." A l'ombre des jeunes filles en fleurs.

Le cercle infernal

Posté le 24.01.2008 par coquelicot2007
La jalousie est un véritable cercle vicieux. Elle est à la fois désir de possession et dépendance. Le jaloux est alors pris dans un cercle infernal. Il désire la possession d'un autre être, mais ce désir reste inassouvi car l'autre refuse toute tentative d'assujettissement et pour mieux se protéger se laisse entourer de mystère. La curiosité du jaloux devient alors insatiable. Petit à petit il connaît une véritable folie inquisitrice à l'égard de " l'être de fuite " qui est l'objet de son amour. Sa soif de déchiffrement est sans limite.

" Combien de personnes, de villes, de chemins, la jalousie nous rend ainsi avide de connaître." La prisonnière

Comme l'amour, la jalousie connait des phases de calme suivies de phases d'angoisse, puis retour du plaisir, de la confiance, puis de l'ennui que cette dernière engendre, puis apparition du soupçon qui ne fait qu'augmenter la jalousie. Le jaloux lui-même devient en être de fuite. Ses soupçons portent même sur les gestes de tendresse dont il est gratifié. Pour Swann, les sourires d'Odette rappellent les sourires moqueurs qu'elle a pour d'autres. Les moments de tendresse sont empoisonnés par l'idée qu'elle les a vécus avec d'autres et le souvenir des moments de bonheur devient un supplice. La jalousie devient alors un vampire qui se nourrit de l'amour même.

" Mais aussitôt sa jalousie, comme si elle était l'ombre de son amour, se complétait du double de ce nouveau sourire qu'elle lui avait adressé le soir même et qui inverse maintenant, raillait Swann et se chargeait d'amour pour un autre. " Du côté de chez Swann

Le désir exclusif de psséder l'autre finit par se transformer en total assujettissement. Pris dans les " feux tournants " de la jalousie, le sujet est finalement dépossédé de lui-même. Il est complètement aliéné par l'être aimé. C'est un sujet sous emprise qui vit dans un cercle vivieux : l'amour augmente la jalousie et la jalousie augmente l'amour. Le désir de possession engendre obsession, aliénation et jalousie, alors que ces dernières plongent dans la dépendance et la souffrance.

Ainsi le jaloux en voulant la possession toujours impossible d'un autre être, devient son propre bourreau puisqu'il s'inflige lui-même une torture insupportable.

Le mystère comme catalyseur de l'amour

Posté le 22.01.2008 par coquelicot2007
Dans la naissance de l'amour, la part de l'être aimé est trés infime. Une personne est susceptible d'être l'objet d'un grand amour à partir du moment où elle semble appartenir à un autre monde. Sa valeur ne tient pas à ses qualités mais au mystère qu'elle détient.

" Que nous croyons qu'un être participe à une vie inconnue où son amour nous ferait pénétrer, c'est, de tout ce qu'exige l'amour pour naître ce à quoi il tient le plus." Du côté de chez Swann

Le désir du narrateur le porte généralement vers des femmes dont il ignore tout. A la recherche du temps perdu est peuplée de belles passantes, de jeunes filles aperçues en écartant le rideau d'une fenêtre et qui sont pour Marcel autant de natures inexplorées dont il rêve de percer le mystère.

" Chaque fois que l'image de femmes (...) pénètre en nous (...) nous n'avons de repos que nous n'ayons converti ces étrangères en quelque chose qui nous soit pareil à nous." A l'ombre des jeunes filles fleurs

Quand il remarque les jeunes filles en fleurs sur la digue de Balbec, il les aime toutes car il ne sait rien d'aucune d'elles et ne sait quelle loi préside à leur apparition.

" A cette première incertitude si je les verrais ou non le jour même, venait s'en ajouter une plus grave, si je les verrais jamais (...) cela suffisait pour me faire commencer à les aimer."

Albertine semble vivre au sein d'un monde inconnu, presque inaccessible et c'est l'attrait de ce monde mystérieux qui stimule l'amour de Marcel.

En ce qui concerne Gilberte, il l'a souvent imaginé évoluant au sein de l'univers poétique de l'écrivain Bergotte, univers auquel il n'avait pas accès et c'est ce monde mystérieux qui l'attire vers elle. Quand il la rencontre à Paris, il éprouve une vive douleur à l'idée de rester étranger à sa vie.

" (...) tout cet inconnu encore plus inaccessible et plus douloureux pour moi, au contraire familier (...) pour cette fille heureuse qui m'en flôlait sans que j'y puisse pénétrer." Du côté de chez Swann

Il en arrive non seulement à vouloir pénétrer l'inconnu de sa vie, mais également celui de ses parents.

" Lui et Mme Swann (...) contenaient pour moi, comme Gilberte (...) un inconnu inaccessible et un charme douloureux."

L'imagination comme catalyseur de l'amour

Posté le 20.01.2008 par coquelicot2007
L'imagination peut trés bien engendrer l'amour puisque, comme le précise Ribot dans son Essai sur les passions, c'est la " faculté de construire un monde irréel avec des images sensorielles."

Pour Jean-Paul Sartre dans L'imaginaire c'est " un acte magique, (...) une incantation destinée à faire apparaitre l'objet auquel on pense, la chose qu'on désire, de façon à en prendre possession".

Chez Marcel Proust le processus d'élection d'un être passe avant tout par une phase imaginaire. L'amour pour une personne naît, grandit et se renforce du fait qu'on peut imaginer celle-ci dans un décor et lui associer toute une série d'impressions. Tout au long de la Recherche, il réfute l'erreur de ceux qui prétendent expliquer l'amour par la personnalité de l'être aimé. Par contre il penche pour une explication par " l'illusion, pour l'amour trouvant sa source dans l'état de celui qui aime."( Jean-François Revel, Sur Proust)

L'imagination qu'on trouve chez l'auteur de la Recherche n'est pas sans rappeler le processus de la " cristallisation" que développe Stendhal dans son ouvrage De l'amour . La cristallisation est une image qui désigne la façon dont celui qui tombe amoureux attribue toutes les qualités à l'être aimé. Il y voit une opération de l'esprit qui "tire de tout ce qui se présente la découverte que l'objet aimé a de nouvelles perfections."

Chez les héros de Stendhal, la cristallisation se tourne essentiellement à découvrir de nouveaux charmes à l'être aimé.

Chez Proust, la cristallisation par l'amour implique non seulement " l'adjonction à l'être réel d'un conglomérat de qualités imaginaires ", comme c'est le cas chez Stendhal, mais la " création d'une personne supplémentaire distincte de celle qui porte le même nom dans le monde, et dont la plupart des éléments sont tirés de nous-mêmes. A l'ombre des jeunes filles en fleurs

On comprend mal comment l'imagination à elle seule peut engendrer de la passion à moins d'associer l'image de la personne aimée à toutes les situations pour que la cristallisation s'opère et que l'amour s'installe.

Pour Marcel Proust, si un amant est " sensible à certaines qualités de l'être qu'il aime, ce ne sera pas à celles que cet être possède réellement, mais à celles qu'il lui a lui-même conférées, par un décret arbitraire de son esprit." ( Collectif, Proust)

Déjà, à partir d' Un amour de Swann, on trouve l'une des grandes réalités qu'il développe longuement par la suite, à savoir que l'amour n'est qu'une affaire d'imagination. Dans La Recherche , l'amour n'a rien à avoir avec la réalité. Celui qui aime n'a aucune raison objective d'aimer et les raisons qu'il peut invoquer ne peuvent paraitre évidentes aux autres car l'objet de son amour n'est qu'une création de son esprit et il n'a rien de commun avec la personne aimée.

" Quand il (l'amour) est arrivé au degré où il cause de tels maux, la construction des sensations interposées entre le visage de la femme et les yeux de l'amant... est déjà poussée assez loin pour que le point où s'arrêtent les regards de l'amant, point où ils rencontrent son plaisir et ses souffrances, soit aussi loin du point où les autres le voient qu'est le soleil véritable, de l'endroit où sa lumière condensée nous le fait apercevoir dans le ciel..." Albertine disparue
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