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Posté le 29.02.2008 par coquelicot2007
En 1870 éclate la guerre. A part Renoir qui est enrôlé, les autres membres du groupe impressionniste se réfugient en Angleterre. C'est là, d'ailleurs, qu'ils allaient rencontrer Durand-Ruel qui, quelques années plus tard, leur ouvrira les portes de l'Amérique. Mais, c'est aussi en Angleterre qu'ils firent la connaissance avec la peinture de Turner qui eût sur eux une grande influence sur le plan artistique. Le peintre anglais ne peignait que "l'énergie sousjacente que recèle le monde".
Les impressionnistes allaient se retrouver dans sa peinture, ils vont d'ailleurs reconnaître, dans une lettre collective adressée au directeur de la Grosvernor Gallery, que leur effort révolutionnaire " avait été précédé par un grand maître de l'école anglaise, l'illustre Turner."
Après la guerre, ils reviennent à Paris. Le groupe va se reformer plus étroitement que jamais, autour de Claude Monet . Ayant renoncé à l'idée d'exposer au Salon officiel, ils vont concevoir l'idée d'une exposition libre. Après maintes reprises le Salon du photographe Nadar est mis à leur disposition. Ainsi, se constituera en 1874 la " Société anonyme des artistes peintres sculpteurs et graveurs ". Manet ne fait pas partie du petit groupe et opte pour le Salon officiel.
Posté le 27.02.2008 par coquelicot2007
En 1867 commence à se former le groupe qui constituera le mouvement impressionniste. Les réunions se tiennent au Café Guerbois. Les artistes s'encouragent mutuellemnt à la recherche, exposent leurs opinions, discutent et font provision d'enthousiasme. Peu à peu leur pensée se précise. Elle éclora quelques années plus tard.
En 1868, à part Cézanne qui est refusé encore une fois, tous les autres peintres peuvent exposer. Le public, lui aussi, a changé, il ne se moque plus des oeuvres : la critique n'est plus aussi acerbe. On commence à reconnaître le talent des jeunes artistes.
En 1869, le jury refuse les oeuvres de Monet et de Sisley. Les peintures de Manet provoquent une fois de plus un grand scandale. Les critiques se montrent de nouveau trés sévères.
Le Salon de 1870 n'apporte rien de nouveau. Monet et Cézanne sont refusés encore une fois.
Posté le 26.02.2008 par coquelicot2007
Pour le Salon de 1864, le jury se montre moins sévère. parmi les " refusés ", quatre peintres sont retenus : Pissaro, Manet, Berthe Morisot et Auguste Renoir. Celui qui retiendra le plus l'attention et qui sera le plus critiqué c'est Edouard Manet. On lui reproche toujours de verser dans l'espagnolisme.
" Joujous espagnols accomodés à la sauce noire par monsieur Manet y courbetos y Zurburan de la Batignollas."
En 1865. le jury se montre encore plus libéral et accepte deux nouvelles recrues : Claude Monet et Edgar Degas. L'un des deux tableaux présentés par Manet intitulé Olympia cause un trés grand scandale. Les épithètes les plus déplaisantes sont utilisées par la presse pour quamofier Olympia : " Vierge sale " , " créature cocasse " , " odalisque au ventre jaune " , " gorille femelle " .
En 1866 le jury, n'ayant pas oublié le scandale causé par Olympia refuse les toiles présentées par Manet. Renoir est également refusé. Sisley se voit ouvrir pour la première fois les portes du Salon. Pissaro et Monet retiennent l'attention des critiques, certains leur sont favorables. Le Portrait de Camille ( du nom du modèle ) ou La Femme à la robe verte de Claude Monet connait un succès extraordinaire.
Les noms de Manet et de Monet sont si voisins que certains s'y méprennent :
" Monet ou Manet ? Monet. Mais c'est à Manet que nous devons ce Monet; bravo Monet, merci Manet."
Posté le 25.02.2008 par coquelicot2007
Devant les oeuvres des peintres " Refusés", la critique est acerbe, le public est déconcerté, il ne peut s'empêcher de rire devant cette peinture nouvelle. Il est encouragé dans son attitude par les critiques. Dans la Revue Française du 1er août, Louis Enault écrit :
" La généralité des tableaux refusés est mauvaise. Elle est plus que mauvaise : elle est déplorable, impossible, folle et ridicule. Prise en masse, elle venge le jury et désopile la rate du public (...). Le public, ce grand enfant, insouciant toujours, méchant parfois et qui n'a jamais su ce que coûte de peine une oeuvre d'art même mauvaise, se montre pour ces malheureux Refusés d'une implacable cruauté. Il se tord devant certaines toiles, sans se demander si leurs infortunés créateurs ne sont point à ses côtés, et si sa raillerie ne leur enfonce point dans la poitrine une flèche barbelée. Que lui importe ? Le public est roi : le roi s'amuse! "
Ainsi, le jury se trouve vengé. Si la décision de l'Empereur lui avait fait du tort, la réaction des critiques et du public prouve que les tableaux refusés l'étaient tout simplement parce qu'ils étaient mauvais. Dans la Revue des Deux Mondes, Maxime Du Camp se montre très sévère :
" Une mesure exceptionnelle a fait ouvrir cette année, des salles spéciales pour les refusés. Cette exhibition à la fois triste et grotesque est une des plus curieuses qu'on puisse voir (...). Ces oeuvres baroques, prétentieuses, d'une sagesse inquiétante, d'une nullité absolue, sont trés troublantes à étudier, car elles prouvent de quelles singulières aberrations peut se nourrir l'esprit humain. La plupart d'entre elles donneraient raison aux théories du docteur Trélat sur la folie lucide (...). Jamais consécration plus éclatante n'avait été donnée aux travaux du jury et l'on peut le remercier d'avoir essayé de nous épargner la vue de telles et si lamentables choses."
Aucun des artistes qui ont exposé n'est épargné par les critiques. Parmi ces peintres figure Manet qui est considéré comme le chef de file de ce mouvement qui a bouleversé la conception de la peinture. Quelques semaines avant l'ouverture du Salon, les critiques avaient l'occasion de juger les oeuvres d'Edouard Manet dans la galerie de Louis Martinet, boulevard des Italiens. Tout en raillant des tableaux comme Lola de Valence, La Musique aux Tuileries ou Le Ballet espagnol, les critiques reprochent à Manet d'imiter les espagnols :
" Imaginez Goya passé au Maxique, devenu sauvage au milieu des pampas et barbouillant des toiles avec de la cochenille, vous aurez M. Manet, le réaliste de la dernière heure. Ses tableaux de l'Exposition ou du boulevard des Italiens sont des charivaris de palette. Jamais on n'a fait plus effroyablement grimacer les lignes et hurler les tons. Ses torreros feraient peur aux vaches espagnoles; ses contrebandiers n'auraient qu'à se montrer pour mettre en fuite les douaniers les plus intrépides. Son Concert aux Tuileries écorche les yeux, comme la musique des foires fait saigner l'oreille. "
Posté le 23.02.2008 par coquelicot2007
Marcel Proust est un des grands auteurs qui ont marqué l'histoire de la littérature française. Dans A la recherche du temps perdu il n'a pas seulemnt créé une oeuvre colossale, mais il a proposé aussi une théorie de l'oeuvre d'art. La Recherche est une oeuvre originale car nous y trouvons la mise en scène de la création et les efforts d'un écrivain pour concrétiser sa vocation. Déjà dans Jean Santeuil, Pastiches et mélanges et Contre Sainte-Beuve, Proust a essayé d'esquisser une théorie de l'art. Il écrit à ce propos: " qu'une oeuvre où il y a des théories est comme un objet sur lequel on laisse la marque du prix ". Ainsi, il n'a pas parlé de son esthétique de l'art dans une seule oeuvre, mais il l'a éparpillée dans ses différentes oeuvres pour la condenser enfin dans le Temps Retouvé. Plusieurs critiques considèrent ce dernier tome de la Recherche comme une "démonstration esthétique".
En effet, c'est à la fin de son oeuvre que Proust a justifié et a expliqué les procédés utilisés et surtout celui de la réminiscence. Ceci s'inscrit dans une tradition inaugurée par Baudelaire qui pense que " créer, c'est réfléchir sur l'art" et aprés lui ce mouvement va prendre de l'ampleur. Des écrivains comme Mauriac ou les surréalistes proposent leur esthétique de l'oeuvre :
" Le besoin de réfléchir sur l'oeuvre accomplie ou qui s'accomplit, le commentaire sur l'oeuvre que l'artiste tend à prendre à son compte et, du même coup, à refuser au critique, est aussi sensible dans Les faux monnayeurs que dans les Hommes de bonne volonté."
Proust a créé des artistes imaginaires comme Elstir, Vinteuil et Bergotte dans le seul but de développer des théories sur la peinture, la musique et la littérature. Dans Du côté de chez Swann il parle de la vocation naissance du narrateur pour l'écriture et il analyse l'acte de créer dans A l'ombre des jeunes filles en fleurs.
" Au moment où j'entrai le créateur était en train d'achever , avec le pinceau qu'il tenait dans sa main, la forme du soleil à son coucher..."
La peinture, selon Proust, dévoile la réalité subjective. La musique, comme celle de Vinteuil, provoque certaines réminiscences et fait émerger le souvenir dans une conscience. Dans la Recherche la musique joue le même rôle que la madeleine. En parlant de littérature, Marcel Proust a avoué et a désiré ardemment bâtir son oeuvre comme une " cathédrale ". Une oeuvre qui sera colossale et où différents sujets seront traités. Pierre de Boisdeffre a écrit à ce propos : " Les oeuvres de jeunesse ( de Proust )
maladroites et essentielles, étaient autant de préparations pour la grande oeuvre comme la première manière d'un peintre avant les toiles de sa maturité. Dans les études du Contre Sainte-Beuve, où il y avait un essai et des fragments du roman futur, il y a déjà tout le projet de son oeuvre."
Marcel Proust, dans ses oeuvres de jeunesse a fait des tentatives pour esquisser une théorie esthétique. Néanmoins, cette théorie ne sera développée que dans le Temps Retrouvé. Dans la Recherche, Proust a parlé du temps perdu, des impressions éprouvées devant chaque objet et dans des lieux différents.
Dans Marcel Proust, théorie pour une esthétique , Anne Henry écrit :
" Le projet de Proust n'était donc pas une pure répétition, il pourrait affirmer le sérieux de son entreprise à la fois philosophique et littéraire même s'il n'en a pas deviné la difficulté au début de sa démarche. "
Pour qu'il y ait art, selon Proust, il faut que la réalité racontée soit réfractée par la subjectivité de l'artiste.
L'esthétique proustienne fait de l'artiste le centre de l'oeuvre; et on ne peut en aucun cas opérer une séparation entre sa personnalité artistique et sa personnalité ordinaire. Ainsi, Elstir, Vinteuil et Bergotte ont deux vies et deux aspects. Dans l'intimité ils sont des hommes ordinaires et vulgaires, alors que dans leurs oeuvres on ne retrouve que la meilleure partie d'eux.
Le véritable artiste, selon Proust, est celui qui peut faire une oeuvre qui traduit sa sensibilité et sa vision du monde. L'artiste doit s'intéresser avant tout au côté esthétique de son oeuvre.
" Chaque artiste original - et ce sont les seuls qui comptent - doit être considéré comme l'habitant et le révélateur d'un monde unique, d'un domaine - de l'esprit, des couleurs, des formes ou des sons - qui lui est propre, qu'il a peut être connu dans une mystérieuse " vie antérieure " (Léon Guichard, Introduction à la lecture de Proust)
Posté le 09.02.2008 par coquelicot2007
La jalousie est une composante des sentiments humains et même animaux. L'être par nature est très possessif et ne peut aisément laisser échapper ou perdre quelque chose ou quelqu'un qui lui appartient. Comme dit La Rochefoucault dans ses Maximes "La jalousie est , en quelque manière juste et raisonnable, puisqu'elle nous tend à consommer un bien qui nous appartient ou que nous croyons nous appartenir."
Ainsi, la jalousie tout comme l'amour est devenue un vaste domaine d'investigation tant de la part des philosophes, des psychanalystes que des écrivains. La littérature du XIXème siècle et de la première moitié du XXème regorge de romans où l'on voit des héros malades de jalousie. Néanmoins, le thème de la jalousie est plus apparent chez Marcel Proust dans A la recherche du temps perdu que chez Dostoïevsky ou Henry James pour ne citer que ces deux grands auteurs. Proust ne se contente pas de décrire les états par lesquels passe le jaloux, il a même écrit le mot " jalousie" alors que les autres auteurs se contentaient de décrire la pathologie du jaloux. Ils préfèrent accentuer leurs analyses sur l'amour que de décrire la jalousie qui est considérée comme une pathologie qu'on ne se hasarde pas à élucider. Dans les Frère Karamasof, l'analyse de la jalousie est trés importante, cependant, elle est noyée par la description des paysages est des évènements. Dans des textes plus courts de ces deux écrivains comme L'éternel mari de Dostoïevsky ou Les deux visages de Henry James il y a une concentration de la tension sur la problématique de la jalousie, néanmoins les critiques leur ont accordé moins d'attention. Dans A la recherche du temps perdu, l'amour est indissociable de la jalousie. A ce propos Marcel Muller écrit : " ... pour Marcel Proust, être amoureux, c'est être jaloux."
Le personnage proustien, surtout lorsqu'il s'agit d'un homme, puisque la jalousie chez Marcel Proust est un phénomène purement masculin, finit toujours par rencontrer l'envers de l'amour et du bonheur en devenant pour une longue période jaloux."
Posté le 01.02.2008 par coquelicot2007
Dans A la recherche du temps perdu le passage de l'absence à la présence est toujours celui du désir à la déception. Chaque premier rendez-vous représente " l'évanouissement d'une illusion" . Ainsi, la personne aimée en étant absente est auréolée de poésie et parée de tous les charmes. Une fois que l'amoureux se rapproche d'elle et la connaît de mieux en mieux il ne peut qu'être déçu car souvent la personne réelle est différente de celle imaginée.
Posté le 01.02.2008 par coquelicot2007
Chez Marcel Proust, il existe une réelle contradiction entre l'imagination et la perception. Chaque être aimé présente un double aspect. Il y a d'abord celui d'avant la connaissance et celui d'aprés et à chaque fois il s'agit de deux êtres différents. La différence entre Gilberte dont il rêve et celle qu'il retrouve aux champs Elysées est si grande que le narrateur en est déçu.
Posté le 31.01.2008 par coquelicot2007
L'indifférence est une mesure d'intérêt, ce n'est pas un sentiment mais plutôt une position. Elle ne s'éprouve pas à la manière d'une sensation ou d'une émotion puisque cette dernière indique qu'on est touché.En tant qu'indice de neutralité " elle marque l'absence d'intérêt" ( Michelle Larivey, La puissance des émotions ). Il n'y a pas de degré dans l'indifférence : soit on est indifférent à quelque chose ou à une personne soit qu'on porte un intérêt particulier à cette chose ou à cette personne.
l'indifférence succède souvent à la passion aussi intense soit elle. Dans A la recherche du temps perdu, Marcel Proust a mis l'accent sur le contraste flagrant entre la plus déchaînée des passions et l'état d'indifférence qui lui succède.
" Le retour des romanciers ou de leurs héros sur leurs amours défuntes, si touchants pour le lecteur, est malheureusement bien artificiel. Ce contraste entre l'intensité de notre amour passé et l'absolu de notre indifférence présente, dont mille détails matériels (...) nous font perdre conscience, ce contraste si affligeant (...) nous constatons dans la vie, précisément parce que notre état présent est l'indifférence et l'oubli, que notre aimée et notre amour ne nous plaisent plus..." Les plaisirs et les jours
L'amour est un état, ou plutôt une " suite d'états ". Ainsi, l'amoureux le plus passionné se transforme en un être indifférent pour qui la femme aimée n'est plus rien. L'amour ravageur de Swann pour Odette finit dans l'indifférence totale. Aprés de longues souffrances, il s'aperçoit que son supplice diminue. La " dame en rose " lui était devenue étrangère. Son long voyage, semé de souffrances, de jalousie et d'amertume se termine sur un constat d'échec.
" Dire que j'ai gâché des années de ma vie, que j'ai voulu mourir, que j'ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n'était pas mon genre. " Du côté de chez Swann
L'éloignement et l'absence de Gilberte, le temps et l'oubli aidant ont fini par guérir le narrateur de son amour. Il en est arrivé à l'insouciance à l'égard de Mlle Swann.
" Je n'aimais plus Gilberte. Elle était pour moi comme une morte qu'on a longtemps pleurée, puis l'oubli est venu, et si elle ressuscitait, elle ne pourrait plus s'insérer dans une vie qui n'est plus faite pour elle. Je n'avais plus envie de la voir, ni même cette envie de lui montrer que je ne tenais pas à la voir et que, chaque jour, quand je l'aimais, je me promettais de lui témoigner, quand je ne l'aimerais plus." Sodome et Gomorrhe
Posté le 31.01.2008 par coquelicot2007
Si l'absence est l'un des principaux catalyseurs de l'amour, elle peut également avoir un effet contraire en précipitant son déclin.
Marcel, adolescent, aimait passionnément Gilberte. Il ne pouvait se résigner à ne pas la voir car, pour lui, sa présence permanente est capitale pour la survie de son amour. Quand il ne la voyait pas, il se rendait compte qu'il ne pouvait même pas se rappeler ses traits.
" Je ne savais vraiment plus comment étaient faits les traits de Gilberte sauf dans les moments divind où elle les dépliaient pour moi (...). Et moi je n'étais pas loin de croire que ne pouvant me rappeler les traits de Gilberte, je l'avais oubliée elle-même, je ne l'aimais plus." A l'ombre des jeunes filles en fleurs
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