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Nom du blog :
coquelicot2007
Description du blog :
Invitation au voyage dans l'univers magique et secret de Marcel Proust.
Catégorie :
Blog Livre
Date de création :
12.12.2007
Dernière mise à jour :
08.08.2008
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Propos sur Marcel Proust

Posté le 14.05.2008 par coquelicot2007
" Comment ne pas songer à ce "cher bon grand fond", à "cette chère petite grotte", dans la chambre close où Proust nous reçoit sur son lit, habillé, colleté, cravaté, ganté, terrifié par la crainte d'un parfum, d'un souffle, d'une fenêtre entrouverte, d'un rayon de soleil.
- Cher Jean, me demandait-il, n'avez-vous pas tenu la main d'une dame qui aurait touché une rose ?
- Non, Marcel
- En êtes-vous sûr?
Et mi sérieux, mi pour rire, il expliquait que la phrase de Pélléas où le vent a passé sur la mer suffisait à lui déclencher une crise d'asthme.
Couché raide et de travers[...] dans un sarcophage de détritus d'âmes, de paysages, de tout ce qui ne put lui servir dans Balbec, Combray, Méséglise, dans la comtesse de Chavigné, le comte Greffhule, Haas et Robert de Montesquiou, bref, tel que nous admirâmes plus tard, pour la dernière fois, sa dépouille auprès de la pile de cahiers de son oeuvre qui continuait, elle, à vivre à sa gauche comme le bracelet-montre des soldats morts, Marcel Proust nous lisait, chaque nuit, Du côtéde chez Swann.
Ces séances ajoutaient au désordre pestilentiel de la chambre un chaos de perspective, car Proust lisait n'importe où, se trompait de page, chevauchait, recommençait, s'interrompait pour nous expliquer qu'un coup de chapeau du premier chapitre trouverait son sens dans le dernier volume, et il pouffait derrière sa main gantée, d'un rire dont il se barbouillait la barbe et les joues.
"C'est trop bête, répétait-il,non...je ne lis plus. C'est bête".
Sa voix redevenait une plaintelointaine, une larmoyante musique d'excuses, de politesses, de remords.
"C'était trop bête. Il avait honte de nous obliger à écouter des choses si bêtes. C'était sa faute. Du reste, il ne pouvait pas se relire. Il n'aurait jamais dû commencer à lire..."
Et quand nous l'avions décidé à poursuivre, il tendait le bras, tirait n'importe quelle feuille du grimoire, et nous tombions à pic chez les Guermantes ou chez Verdurin. Au bout de cinquante lignes, il recommençait son manège. Il gémissait, pouffait, s'excusait de lire si mal. Parfois il sel evait, ôtait une veste courte, passait la main dans les mèches d'encre qu'il coupait lui-même et qui retombaient sur son col empesé. Il passait dans un cabinet de toilette dont l'éclairage livide se découpait dans le mur. Là, on l'apercevait debout, en manches de chemise, en gilet violet sur un torse de jouet mécanique, tenant une assiette d'une main, une fourchette de l'autre, mangeant des nouilles.
N'attendez pas que je suive Proust dans ses randonnées nocturnes et que je vous les raconte. Sachez qu'elles avaient lieu dans une voiture de louage d'Albaret, mari de Céleste, véritable fiacre de nuit de Fantomas. De ces randonnées d'où il rentrait à l'aube en croisant sa pelisse, blême, les yeux cernés de bistre, un litre d'eau d'Evian dépassant de sa poche, sa frange noire sur le front, une de ses bottines à boutons déboutonnée, son chapeau melon à la main, pareil au spectre de Sacher Masoch, Proust rapportait chiffres et calculs qui lui permissent de bâtir une cathédrale dans sa chambre et d'y faire pousser des églantines.
Le fiacre d'Albaret prenait surtout un aspect très funeste dans la journée. Les sorties de jour de Proust avaient lieu une ou deux fois l'an. Nous en fîmes une ensemble. C'était pour aller voir les Gustave Moreau chez Mme Ayen et ensuite, au Louvre, le Saint Sébastien de Mantegna et Le Bain turcd'Ingres.
Revenons aux mesures. Je m'attarde à dessiner Proust, parce qu'il illustre bien ma thèse. Et son écriture, à quoi ressemble-t-elle sur les feuilles d'écolier que tous les membres de la Nouvelle Revue Française consolidaient,découpaient, colaient, tâchaient de déchiffrer, rue Madame ? A des chiffres, comme le mot déchiffrer l'indique.
A force d'additionner, de multiplier, de diviser dans le temps et dans l'espace, Proust termine son oeuvre parla plus simple des preuves par neuf. Il retrouve les chiffres de l'opération par où son oeuvre débute. Et c'est en quoi il m'attache.
Car ses intrigues ont perdu des charmes, ses Verdurin du comique, Charlus du tragique, ses duchesses le prestige de Mmes de Maufrigneuse et d'Espars. Mais la bâtisse de ses mesures demeure intacte. Elles s'enchevêtrent, exemptes d'anecdotes.Elles deviennent l'oeuvre. Elles sont un échafaudage où s'efface le monument.
Swann, Odette, Gilberte, Albertine,Oriane, Vinteuil, Elstir, Françoise, Mme de Villeparisis, Charlus,la reine de Naples, les Verdurin, Cottard, Morel, Rachel, Saint-Loup, la Berma, que me veulent ces fantoches ? Je touche la carcasse qui les accointe,les joints de leurs rencontres, la haute dentelle de leurs trajets. Plus m'y frappe l'enchevêtrement des organes que celui des sentiments,l'entrelac des veines que la chair. J'ai l'oeil d'un charpentier sur l'échafaud du roi. Les planches m'interessent davantage que le supplice." Jean Cocteau , La difficulté d'être



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Citation du jour

Posté le 13.05.2008 par coquelicot2007
" Et c'était bien en effet toutes les inquiétudes éprouvées depuis mon enfance qui, à l'appel de l'angoisse nouvelle, avaient accouru la renforcer, s'amalgamer à elle en une masse homogène qui m'étouffait. Certes, ce coup physique au cœur que donne une telle séparation et qui, par cette terrible puissance d'enregistrement qu'a le corps, fait de la douleur quelque chose de contemporain à toutes les époques de notre vie où nous avons souffert, - certes, ce coup au cœur sur lequel spécule peut-être un peu (tant on se soucie peu de la douleur des autres) celle qui désire donner au regret son maximum d'intensité, soit que la femme n'esquissant qu'un faux départ veuille seulement demander des conditions meilleures, soit que, partant pour toujours - pour toujours! - elle désire frapper, ou pour se venger, ou pour continuer d'être aimée, ou (dans l'intérêt de la qualité du souvenir qu'elle laissera) pour briser violemment ce réseau de lassitudes, d'indifférences, qu'elle avait senti se tisser, - certes, ce coup au cœur, on s'était bien promis de l'éviter, on s'était dit qu'on se quitterait bien. Mais il est infiniment rare qu'on se quitte bien, car si on était bien on ne se quitterait pas." Albertine disparue

Tabeau impressionniste : Monet

Posté le 13.05.2008 par coquelicot2007
Tableau de Claude Monet

Du côté de chez Swann ( extrait )

Posté le 13.05.2008 par coquelicot2007
Pour faire partie du «petit noyau», du «petit groupe», du «petit clan» des Verdurin, une condition était suffisante mais elle était nécessaire: il fallait adhérer tacitement à un Credo dont un des articles était que le jeune pianiste, protégé par Mme Verdurin cette année-là et dont elle disait: «Ça ne devrait pas être permis de savoir jouer Wagner comme ça!», «enfonçait» à la fois Planté et Rubinstein et que le docteur Cottard avait plus de diagnostic que Potain. Toute «nouvelle recrue» à qui les Verdurin ne pouvaient pas persuader que les soirées des gens qui n’allaient pas chez eux étaient ennuyeuses comme la pluie, se voyait immédiatement exclue. Les femmes étant à cet égard plus rebelles que les hommes à déposer toute curiosité mondaine et l’envie de se renseigner par soi-même sur l’agrément des autres salons, et les Verdurin sentant d’autre part que cet esprit d’examen et ce démon de frivolité pouvaient par contagion devenir fatal à l’orthodoxie de la petite église, ils avaient été amenés à rejeter successivement tous les «fidèles» du sexe féminin.

En dehors de la jeune femme du docteur, ils étaient réduits presque uniquement cette année-là (bien que Mme Verdurin fût elle-même vertueuse et d’une respectable famille bourgeoise excessivement riche et entièrement obscure avec laquelle elle avait peu à peu cessé volontairement toute relation) à une personne presque du demi-monde, Mme de Crécy, que Mme Verdurin appelait par son petit nom, Odette, et déclarait être «un amour» et à la tante du pianiste, laquelle devait avoir tiré le cordon; personnes ignorantes du monde et à la naïveté de qui il avait été si facile de faire accroire que la princesse de Sagan et la duchesse de Guermantes étaient obligées de payer des malheureux pour avoir du monde à leurs dîners, que si on leur avait offert de les faire inviter chez ces deux grandes dames, l’ancienne concierge et la cocotte eussent dédaigneusement refusé.

Les Verdurin n’invitaient pas à dîner: on avait chez eux «son couvert mis». Pour la soirée, il n’y avait pas de programme. Le jeune pianiste jouait, mais seulement si «ça lui chantait», car on ne forçait personne et comme disait M. Verdurin: «Tout pour les amis, vivent les camarades!» Si le pianiste voulait jouer la chevauchée de la Walkyrie ou le prélude de Tristan, Mme Verdurin protestait, non que cette musique lui déplût, mais au contraire parce qu’elle lui causait trop d’impression. «Alors vous tenez à ce que j’aie ma migraine? Vous savez bien que c’est la même chose chaque fois qu’il joue ça. Je sais ce qui m’attend! Demain quand je voudrai me lever, bonsoir, plus personne!» S’il ne jouait pas, on causait, et l’un des amis, le plus souvent leur peintre favori d’alors, «lâchait», comme disait M. Verdurin, «une grosse faribole qui faisait s’esclaffer tout le monde», Mme Verdurin surtout, à qui,—tant elle avait l’habitude de prendre au propre les expressions figurées des émotions qu’elle éprouvait,—le docteur Cottard (un jeune débutant à cette époque) dut un jour remettre sa mâchoire qu’elle avait décrochée pour avoir trop ri.

L’habit noir était défendu parce qu’on était entre «copains» et pour ne pas ressembler aux «ennuyeux» dont on se garait comme de la peste et qu’on n’invitait qu’aux grandes soirées, données le plus rarement possible et seulement si cela pouvait amuser le peintre ou faire connaître le musicien. Le reste du temps on se contentait de jouer des charades, de souper en costumes, mais entre soi, en ne mêlant aucun étranger au petit «noyau».

Mais au fur et à mesure que les «camarades» avaient pris plus de place dans la vie de Mme Verdurin, les ennuyeux, les réprouvés, ce fut tout ce qui retenait les amis loin d’elle, ce qui les empêchait quelquefois d’être libres, ce fut la mère de l’un, la profession de l’autre, la maison de campagne ou la mauvaise santé d’un troisième. Si le docteur Cottard croyait devoir partir en sortant de table pour retourner auprès d’un malade en danger: «Qui sait, lui disait Mme Verdurin, cela lui fera peut-être beaucoup plus de bien que vous n’alliez pas le déranger ce soir; il passera une bonne nuit sans vous; demain matin vous irez de bonne heure et vous le trouverez guéri.» Dès le commencement de décembre elle était malade à la pensée que les fidèles «lâcheraient» pour le jour de Noël et le 1er janvier. La tante du pianiste exigeait qu’il vînt dîner ce jour-là en famille chez sa mère à elle:

—«Vous croyez qu’elle en mourrait, votre mère, s’écria durement Mme Verdurin, si vous ne dîniez pas avec elle le jour de l’an, comme en province!»

Ses inquiétudes renaissaient à la semaine sainte:

—«Vous, Docteur, un savant, un esprit fort, vous venez naturellement le vendredi saint comme un autre jour?» dit-elle à Cottard la première année, d’un ton assuré comme si elle ne pouvait douter de la réponse. Mais elle tremblait en attendant qu’il l’eût prononcée, car s’il n’était pas venu, elle risquait de se trouver seule.

—«Je viendrai le vendredi saint... vous faire mes adieux car nous allons passer les fêtes de Pâques en Auvergne.»

—«En Auvergne? pour vous faire manger par les puces et la vermine, grand bien vous fasse!»

Et après un silence:

—«Si vous nous l’aviez dit au moins, nous aurions tâché d’organiser cela et de faire le voyage ensemble dans des conditions confortables.»

De même si un «fidèle» avait un ami, ou une «habituée» un flirt qui serait capable de faire «lâcher» quelquefois, les Verdurin qui ne s’effrayaient pas qu’une femme eût un amant pourvu qu’elle l’eût chez eux, l’aimât en eux, et ne le leur préférât pas, disaient: «Eh bien! amenez-le votre ami.» Et on l’engageait à l’essai, pour voir s’il était capable de ne pas avoir de secrets pour Mme Verdurin, s’il était susceptible d’être agrégé au «petit clan». S’il ne l’était pas on prenait à part le fidèle qui l’avait présenté et on lui rendait le service de le brouiller avec son ami ou avec sa maîtresse. Dans le cas contraire, le «nouveau» devenait à son tour un fidèle. Aussi quand cette année-là, la demi-mondaine raconta à M. Verdurin qu’elle avait fait la connaissance d’un homme charmant, M. Swann, et insinua qu’il serait très heureux d’être reçu chez eux, M. Verdurin transmit-il séance tenante la requête à sa femme. (Il n’avait jamais d’avis qu’après sa femme, dont son rôle particulier était de mettre à exécution les désirs, ainsi que les désirs des fidèles, avec de grandes ressources d’ingéniosité.)

—Voici Mme de Crécy qui a quelque chose à te demander. Elle désirerait te présenter un de ses amis, M. Swann. Qu’en dis-tu?

—«Mais voyons, est-ce qu’on peut refuser quelque chose à une petite perfection comme ça. Taisez-vous, on ne vous demande pas votre avis, je vous dis que vous êtes une perfection.»

—«Puisque vous le voulez, répondit Odette sur un ton de marivaudage, et elle ajouta: vous savez que je ne suis pas «fishing for compliments».

—«Eh bien! amenez-le votre ami, s’il est agréable.»

Citation du jour

Posté le 12.05.2008 par coquelicot2007
" Or, le même mystère qui dérobe souvent aux yeux la cause des catastrophes, quand il s'agit de l'amour, entoure tout aussi fréquemment la soudaineté de certaines solutions heureuses. Solutions heureuses ou du moins qui paraissent l'être, car il n'y en a guère qui le soient réellement quand il s'agit d'un sentiment d'une telle sorte que toute satisfaction qu'on lui donne ne fait généralement que déplacer la douleur. Parfois pourtant une trêve est accordée et l'on a pendant quelque temps l'illusion d'être guéri." A l'ombre des jeunes filles en fleurs.

Coquelicots

Posté le 12.05.2008 par coquelicot2007
Champ de coquelicots

Citation du jour

Posté le 11.05.2008 par coquelicot2007
" Plus tard, il arrive que, devenus habiles dans la culture de nos plaisirs, nous nous contentions de celui que nous avons à penser à une femme comme je pensais à Gilberte, sans être inquiets de savoir si cette image correspond à la réalité, et aussi de l'aimer sans avoir besoin d'être certains qu'elle nous aime; ou encore que nous renoncions au plaisir de lui avouer notre inclination pour elle, afin d'entretenir plus vivace l'inclination qu'elle a pour nous, imitant ces jardiniers japonais qui, pour obtenir une plus belle fleur, en sacrifient plusieurs autres." Sodome et Gomorrhe


Tableau impressionniste : Pissaro

Posté le 11.05.2008 par coquelicot2007
Place du Caroussel jardin aux tuileries

Tableau impressionniste : Pissaro

Posté le 11.05.2008 par coquelicot2007
Jeune fille lavant ses pieds

Tableau impressionniste : Pissaro

Posté le 11.05.2008 par coquelicot2007
Jardin à Pontoise
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